Poèmes

Poèmes du jour

en apparence le monde va bien

la route monte et descend

au passage des chèvres

le vent joue avec les serviettes

les pierres se prélassent au soleil

du bord de la terrasse le monde

est amical et généreux

la mer cajole ses bleus

dans le creux des montagnes

les oiseaux vont à leurs affaires

en apparence rien ne nous dit

l’envers la brisure la faille

les explosions souterraines

les galaxies en dérade

le chagrin des étoiles

nous nous accrochons ferme

à cette apparence du monde

à la fenêtre où sa plénitude

nous retient de pleurer

quand vient la nuit où tout s’efface

(Un été grec, inédit)

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regarde

toutes ces filles pendues aux grues

leurs chevelures s’étirent en constellations

bien visibles de ceux qui disent

ne pas pouvoir les regarder

ne pas pouvoir

regarder

le corps d’une femme

le vent souffle et disperse

toutes les chevelures les corps

se fondent dans le cosmos

les corps voyagent de galaxie

en galaxie épousent les courbes

de l’infini dansent

sur la corde du vide

leurs mains en balancier

équilibrent le silence

au-dessus des hommes tout en bas

courbés sous les imprécations

leurs doigts infirmes d’impuissants

crispés sur les tables de la loi

et les chevelures

regarde

s’allongent sans limite

enveloppent le monde

de leur résille

15 novembre 2023

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Me revient le chant d’une histoire ancienne

qui toutes ces années a fait son bruit de glace

pour m’éteindre le cœur à cette heure de nuit

Le vent secoue des cendres

la lune s’est voilée

rien ne reste de ce qui fut embrasé

Ainsi nous allons par un chemin de pertes

abandonnant costumes de féérie

contempler d’un œil neuf le miroir de l’être

à JM

12 janvier 2023

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On croit

une maison

que c’est un toit et des fenêtres

c’est des murs aussi

où s’enferment des vies

toute une vie peut-être

à se tourner ailleurs

vers le violet de la mer

derrière des volets

ou le vert des prairies

dans l’épais des murs frais

une maison c’est en carton

dit la chanson

une porte qui bat

premières – dernières fois

la mesure du temps

passage entre les mondes

des vivants et des ombres

c’est du bric-à-brac une maison

de faïence et céramique

pichets brocs et cuvettes

toute une armada

des jours simples

un monde plein et creux

où l’empreinte des morts

ne pèse rien

c’est des forêts inextricables

diluées à l’encre

de carnets roides et mangés

des comptes fantastiques

égrenés en colonnes qui s’égarent

dans la mémoire lointaine

une maison ça vous réveille

la vie qui n’en finit pas

d’user sa parole

sur la pierre du seuil

A la Victorine- Pour Claude et Charlotte

17 août 2022

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Penchée par la fenêtre de l’ordinateur

vision d’un monde en vrac

soulevé par les déflagrations

jeté hors

aux fossés de l’histoire

ici une libellule lisse ma mémoire

fait de l’air une danse

une transparence sourde à la peur

se risquer hors de la bulle

pour voir encore

un peu saisir de l’horreur

et comprendre que des hommes

broient le malheur

comme on moud le café

– question d’intensité

la matin se cherche entre

musique et cris

28 février 2022

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Bleu quand mélange

l’outremer

ciel et mer

en franchissement d’horizon

dépassement de ligne

avec à-plats terrestres

en façon d’îles

dans la bascule du soleil

au partage des eaux

du jour et de la nuit

virant au cobalt

9 janvier 2022

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En lisant la Comédie

Conduits par le poète

aux jambes de soldat de Salamine

nous entrons ici

tout pleins de l’espérance

Au tamis de sa parole

les chemins scabreux

se séparent et s’ordonnent

en une claire harmonie

Midi équilibre les ombres

dissipe les reflets

depuis Enfer vers Paradis

La forêt est un jardin

enclos loin du bruit

que font les âmes du siècle

in memoriam Kolja Mičevič

Sète, 24 juillet 2020

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Mes amis me pressent d’écrire

je ne serai pas ce vautour

qui arrache des lambeaux d’un air confiné

savent-ils seulement

les mots que je trace

cailloux sur le chemin

et si je me retourne

des paysages se déploient

secouent leurs ombres

prennent le vent

mais s’il n’y a plus de chemin

« je m’en irai de la fête… »

ces vers me hantent

qui disent assez la beauté

du monde sans nous

12 novembre 2020

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Exhibés dans la cour

Des papyrus ruminent

leur ciel exotique

les mouettes crient

une langue barbare

des ramiers languissent

eux frémissent au passage

de nouvelles anciennes

quand pharaons au pschent souverain…

Sète, 23 juillet 2020

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Nous voilà pris

à la chaîne de nos pieds

et de nos manques

albatros des temps nouveaux

comme il est gauche et veule

nous nous sommes crus

géants

des ogres seulement

prêts à ingérer

la terre entière

ne font peur qu’à eux-mêmes

redevenus petits enfants

sans la grâce des commencements

in-fans infantiles

ne sachant voler

qu’avec de lourds jouets

et pas de mot assez léger sur la langue

pour chanter le printemps

22 mars 2020

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