Poèmes

Poèmes du jour

Penchée par la fenêtre de l’ordinateur

vision d’un monde en vrac

soulevé par les déflagrations

jeté hors

aux fossés de l’histoire

ici une libellule lisse ma mémoire

fait de l’air une danse

une transparence sourde à la peur

se risquer hors de la bulle

pour voir encore

un peu saisir de l’horreur

et comprendre que des hommes

broient le malheur

comme on moud le café

– question d’intensité

la matin se cherche entre

musique et cris

28 février 2022

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Bleu quand mélange

l’outremer

ciel et mer

en franchissement d’horizon

dépassement de ligne

avec à-plats terrestres

en façon d’îles

dans la bascule du soleil

au partage des eaux

du jour et de la nuit

virant au cobalt

9 janvier 2022

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En lisant la Comédie

Conduits par le poète

aux jambes de soldat de Salamine

nous entrons ici

tout pleins de l’espérance

Au tamis de sa parole

les chemins scabreux

se séparent et s’ordonnent

en une claire harmonie

Midi équilibre les ombres

dissipe les reflets

depuis Enfer vers Paradis

La forêt est un jardin

enclos loin du bruit

que font les âmes du siècle

in memoriam Kolja Mičevič

Sète, 24 juillet 2020

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Mes amis me pressent d’écrire

je ne serai pas ce vautour

qui arrache des lambeaux d’un air confiné

savent-ils seulement

les mots que je trace

cailloux sur le chemin

et si je me retourne

des paysages se déploient

secouent leurs ombres

prennent le vent

mais s’il n’y a plus de chemin

« je m’en irai de la fête… »

ces vers me hantent

qui disent assez la beauté

du monde sans nous

12 novembre 2020

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Exhibés dans la cour

Des papyrus ruminent

leur ciel exotique

les mouettes crient

une langue barbare

des ramiers languissent

eux frémissent au passage

de nouvelles anciennes

quand pharaons au pschent souverain…

Sète, 23 juillet 2020

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Nous voilà pris

à la chaîne de nos pieds

et de nos manques

albatros des temps nouveaux

comme il est gauche et veule

nous nous sommes crus

géants

des ogres seulement

prêts à ingérer

la terre entière

ne font peur qu’à eux-mêmes

redevenus petits enfants

sans la grâce des commencements

in-fans infantiles

ne sachant voler

qu’avec de lourds jouets

et pas de mot assez léger sur la langue

pour chanter le printemps

22 mars 2020

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avant même le geste

il y a le goût

le goût de l’encre

déposée sur la langue

encre venue du ventre

et de sa laine consumée

à l’étouffée sous le couvercle

jusqu’au point de métamorphose

en poudre broyée fin

couleur d’écorce et de terre

absorbée par les papilles

goûteuses du texte

goût de l’encre

en amont de la trace

car le verbe est la chair

corps du texte sacré

26 février 2020

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Quasi en bouche

l’écrin de bakélite

dans les vagues du métro

qui la ballottent

avec un âcre goût de fer

et la portent

jusqu’aux rives d’une

lointaine Afrique

de banlieue

les voix se croisent

à des kilomètres de rail

prennent couleur d’essieux

combattent la rouille

s’équilibrent sur les fils

d’une tendresse inaudible

dans le fracas

reste la mimique

quand une stridence ponctue

la fermeture de la ligne

29 octobre 2019

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On a décroché les étoiles

au ciel des villes électriques

plus le rire des dieux

l’azur ah l’azur des lyriques

s’est dissout dans les hauts fourneaux

là-bas là-bas les nuages

traînent des pluies

jaunes et sales

parfois des oiseaux

abordent encore au couchant

imagine qu’ils se prennent les ailes

dans nos câbles nos lignes nos rails nos machines

l’espace saturé de notre déraison

imagine qu’ils perdent le nord

se prennent dans des nocturnes poisseux

oublient le tremblé de la lumière

à leur passage dans les ourlets du soir

oubliés l’euphorie des crépuscules

les saluts du matin

ciel et terre désertés

nos carcasses

rivées

à la pesanteur

2 octobre 2019

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Variations sur un Printemps intérieur
1-
L’air de rien les oiseaux
méditent un poème aérien
ponctué de flèches noires
à l’aplomb des cerisiers
Nos mots suivent un cours plus lent
sinuant autour de la nappe
en paroles esquissées
dans la trame du jour
Comme nous peinons
à préciser les contours d’une forme
de nos bouches pataudes
Si loin du chant tissé avec les fleurs
polyphonie suave
qui s’invite un instant à la table du ciel


Conversation des oiseaux


2-
Hirondelles sur les pointes d’avril
dans le jour effilé
voix claires du printemps
sèment à la volée
aux clairières du ciel
couronnes de rose et blanc
le matin sur le seuil du verger
veille les rosiers de Damas
la promesse d’éclore
dans le passage du temps


3-
Soudain la voie lactée
essaimée dans le champ
déploie son horizon
tandis que nous montons
vers la voûte renversée
dans la coupe des marguerites
désaltérant nos yeux
de leur humble beauté


Pour Lydie


4-
Sous l’arche du cerisier
la parole ancienne s’invente
par nos bouches recueillies
revenus de tous les effondrements
nous assurons notre prise
dans les fleurs des pommiers
en ce jardin-refuge
la terre veut bien encore
nous accueillir dans sa douceur


Vendredi des ténèbres


5-
Comme pour un autre repas
festif cette fois nous partageons
le pain la parole le vin
étonnamment silencieux
silhouettes à peine
sous l’arbre à contre-jour
traversées de pétales et d’oiseaux
perpetuum mobile
de la vie irréductible
en ce jardin
nos ombres à l’écart ne pèsent pas


à Charlotte et Bruno
18-21 avril 2019

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