Poèmes

Poèmes du jour

En lisant la Comédie

Conduits par le poète

aux jambes de soldat de Salamine

nous entrons ici

tout pleins de l’espérance

Au tamis de sa parole

les chemins scabreux

se séparent et s’ordonnent

en une claire harmonie

Midi équilibre les ombres

dissipe les reflets

depuis Enfer vers Paradis

La forêt est un jardin

enclos loin du bruit

que font les âmes du siècle

in memoriam Kolja Mičevič

Sète, 24 juillet 2020

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Mes amis me pressent d’écrire

je ne serai pas ce vautour

qui arrache des lambeaux d’un air confiné

savent-ils seulement

les mots que je trace

cailloux sur le chemin

et si je me retourne

des paysages se déploient

secouent leurs ombres

prennent le vent

mais s’il n’y a plus de chemin

« je m’en irai de la fête… »

ces vers me hantent

qui disent assez la beauté

du monde sans nous

12 novembre 2020

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Exhibés dans la cour

Des papyrus ruminent

leur ciel exotique

les mouettes crient

une langue barbare

des ramiers languissent

eux frémissent au passage

de nouvelles anciennes

quand pharaons au pschent souverain…

Sète, 23 juillet 2020

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Nous voilà pris

à la chaîne de nos pieds

et de nos manques

albatros des temps nouveaux

comme il est gauche et veule

nous nous sommes crus

géants

des ogres seulement

prêts à ingérer

la terre entière

ne font peur qu’à eux-mêmes

redevenus petits enfants

sans la grâce des commencements

in-fans infantiles

ne sachant voler

qu’avec de lourds jouets

et pas de mot assez léger sur la langue

pour chanter le printemps

22 mars 2020

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avant même le geste

il y a le goût

le goût de l’encre

déposée sur la langue

encre venue du ventre

et de sa laine consumée

à l’étouffée sous le couvercle

jusqu’au point de métamorphose

en poudre broyée fin

couleur d’écorce et de terre

absorbée par les papilles

goûteuses du texte

goût de l’encre

en amont de la trace

car le verbe est la chair

corps du texte sacré

26 février 2020

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Quasi en bouche

l’écrin de bakélite

dans les vagues du métro

qui la ballottent

avec un âcre goût de fer

et la portent

jusqu’aux rives d’une

lointaine Afrique

de banlieue

les voix se croisent

à des kilomètres de rail

prennent couleur d’essieux

combattent la rouille

s’équilibrent sur les fils

d’une tendresse inaudible

dans le fracas

reste la mimique

quand une stridence ponctue

la fermeture de la ligne

29 octobre 2019

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On a décroché les étoiles

au ciel des villes électriques

plus le rire des dieux

l’azur ah l’azur des lyriques

s’est dissout dans les hauts fourneaux

là-bas là-bas les nuages

traînent des pluies

jaunes et sales

parfois des oiseaux

abordent encore au couchant

imagine qu’ils se prennent les ailes

dans nos câbles nos lignes nos rails nos machines

l’espace saturé de notre déraison

imagine qu’ils perdent le nord

se prennent dans des nocturnes poisseux

oublient le tremblé de la lumière

à leur passage dans les ourlets du soir

oubliés l’euphorie des crépuscules

les saluts du matin

ciel et terre désertés

nos carcasses

rivées

à la pesanteur

2 octobre 2019

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Variations sur un Printemps intérieur
1-
L’air de rien les oiseaux
méditent un poème aérien
ponctué de flèches noires
à l’aplomb des cerisiers
Nos mots suivent un cours plus lent
sinuant autour de la nappe
en paroles esquissées
dans la trame du jour
Comme nous peinons
à préciser les contours d’une forme
de nos bouches pataudes
Si loin du chant tissé avec les fleurs
polyphonie suave
qui s’invite un instant à la table du ciel


Conversation des oiseaux


2-
Hirondelles sur les pointes d’avril
dans le jour effilé
voix claires du printemps
sèment à la volée
aux clairières du ciel
couronnes de rose et blanc
le matin sur le seuil du verger
veille les rosiers de Damas
la promesse d’éclore
dans le passage du temps


3-
Soudain la voie lactée
essaimée dans le champ
déploie son horizon
tandis que nous montons
vers la voûte renversée
dans la coupe des marguerites
désaltérant nos yeux
de leur humble beauté


Pour Lydie


4-
Sous l’arche du cerisier
la parole ancienne s’invente
par nos bouches recueillies
revenus de tous les effondrements
nous assurons notre prise
dans les fleurs des pommiers
en ce jardin-refuge
la terre veut bien encore
nous accueillir dans sa douceur


Vendredi des ténèbres


5-
Comme pour un autre repas
festif cette fois nous partageons
le pain la parole le vin
étonnamment silencieux
silhouettes à peine
sous l’arbre à contre-jour
traversées de pétales et d’oiseaux
perpetuum mobile
de la vie irréductible
en ce jardin
nos ombres à l’écart ne pèsent pas


à Charlotte et Bruno
18-21 avril 2019

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Devant nous s’étend un âge de cendres

nos mains se gantent de fer

nos têtes se hérissent

néo-archéoptérosaures

nous travaillons aux fissures du monde

adorant des dieux fossiles

nous nous croisons sans nous reconnaître migrants

des fosses du néant à celles d’abondance

sous les enseignes Joyeuses fêtes nos angoisses

se tamisent de courant alternatif

les pauvres élisent leur carton

nous déroulons les bolducs

la vie-papier de soie se frisotte en couleurs

puis se déchire d’un ongle

accrochés aux promesses de l’an neuf

nous lançons nos vœux à tous vents

Prométhées de pacotille

nous sautons de poussières en étoiles

éblouis de leur éclat mort depuis longtemps

nous perdons la mémoire des arbres

leurs têtes couronnées d’oiseaux

se nouent en bouquets de fumées

oh retrouver le chant de l’eau

 

31 décembre 2018

ultima

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A celle qui est sortie de la vie

en passant le pont

plus jamais n’y dansera

petite fille inconsolable

un pas de côté

pour se jeter dans le vent

défier les nuages voler

être légère enfin

et tant pis si demeure

l’ombre d’un corps sur la rétine

du garçon qui passait

ce n’est pas de sa faute

ni de tous ceux qui n’ont rien vu

la vie parfois vous met

de ces cailloux dans les poches

on ne peut pas continuer

 

Pour Assia, in memoriam

10 novembre 2018

 

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